09/05/2012

Tiga Dégué Na & Dah Rouge

Attention ceci est un article autobiographique et bourré de liens. Ceux qui manquent de patience peuvent directement descendre au bas de la page pour accéder à la recette.

J'avais 16 ans et j'étais un peu perdue. Dans ma commune, il y avait une ONG qui travaillait avec un village du Mali. Ils avaient décidés d'ouvrir cette mission à de jeunes bénévoles afin de les faire intervenir sur des chantiers d'ordre sociaux. Je me suis portée volontaire pensant surtout que ce serait une bonne occasion de voyager et de découvrir un nouveau pays. Je ne vais pas vous mentir en vous disant que déjà à l'époque je me sentais l'âme d'un travailleur humanitaire, loin de là.




En février 1997 j'ai donc posé les pieds à Senko un village situé à 200 km de Bamako, au sud ouest du Mali. Je suis arrivée dans la brousse. Dans un village qui n'avait ni électricité ni eau courante. L'accès à cette dernière étant d'ailleurs restreint. On cuisinait au feu de bois. On mangeait peu. Pas de télé ni de radio, pas de frigo rempli, un seul et unique seau d'eau puisé à la force des bras en guise de douche, pas de lampe de poche mais des lampes à pétrole. Pas de moto, pas de voiture, pas de cinéma, pas de boite de nuit (mais d'inoubliables fêtes endiablées autour du feu!). Pas de restaurant, pas de supermarché. Pas de paracétamol à gogo, pas de larmes pour un bobo, mais le palu qui tue et la polio qui rend infirme. RIEN. RIEN sauf l'humanité dans toute sa splendeur et sa plus belle expression. Sourires sincères, regards complices, attentions de chaque instant, confidences et partage, pas d arrières pensées, juste celle de profiter de l'instant présent.













Je me suis donc pris une belle claque (doux euphémisme...) en arrivant à Senko. J'en ai chié. J'ai cru devenir folle. Je ne pouvais pas imaginer qu'un tel dénuement puisse exister sur la planète. Pas de téléphone pour appeler mes parents et leur dire que je voulais qu'ils me fasse rapatrier illico. J'avais 2 solutions: avaler la pilule et me jurer de ne PLUS JAMAIS y remettre les pieds ou avaler la pilule et donner une chance à ce village, ce pays de me conquérir. La deuxième solution s'est imposée à moi, je n'ai pas choisi, je me suis laissée aller à l'expérience. Résultat j'ai travaillé, en tant que bénévole, pendant 10 ans pour cette association, ce village et très vite j'ai mis la question du développement au cœur de mes études. Aujourd'hui je n'ai qu'un souhait, prendre un virage dans ma carrière et - enfin - pouvoir en faire mon métier. Mais ça c’est une autre histoire...

En 10 ans, le village est devenu commune, s'est doté d'une école digne de ce nom, d'une mairie en dur, d'un centre de santé alimenté par des PANNEAUX SOLAIRES avec - notamment - une salle d'accouchement. Une association des femmes s'est montée ainsi qu'un potager communautaire.


Mon amie Penda Diallo, au centre de la photo (pagne beige)

Pour des raisons qui me sont personnelles et qui n'ont pas lieu d'être exposées dans ce blog, j'ai décidé de cesser de collaborer avec cette association il y a quelques années. 
Je suis toujours restée en contact épistolaire avec mes amis de Senko. Je m'étais promis d'y retourner pour leur présenter ma petite famille, eu qui m'ont connu quand j’étais encore un "bébé", eux qui m'ont permis de me révéler à moi-même.
Et puis... la situation du pays s'est dégradée - j'ai encore du mal à y croire - pour en arriver à la situation dramatique que l'on connait aujourd'hui. 
Je suis effondrée et je me sens vraiment impuissante. Ils n'ont déjà rien ou presque alors que vont-ils devenir?
Désormais, mon seul lien avec le Mali est un pépin de citron rapporté lors de mon dernier voyage. Je l'ai mis dans la terre et il a germé pour devenir citronnier. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, il est très malade ces temps-ci... .

Tout ce que je peux faire c'est donc écrire ces quelques mots pour eux. Et vous donner la recette du Tiga dégué na (plus connu sous le nom de Mafé au Sénégal), la sauce arachide que Penda Diallo me préparait parfois quand j’étais là-bas et dont je me régalais infiniment.
Pour Senko, Pour le Mali, pour mes amis, la voici: 
 



Tiga Dégué Na


- 1 kg de filets de poulet coupés en dés
- 2 oignons
- 4 ou 5 carottes
- 1 aubergine
- 1 patate douce
- 200 grammes de choux
- 1/2 boite de tomate pelées
- 1 petite boite de concentré de tomate
- 2 bouillons cube
- 4 belles cuillères à soupe de pâte d'arachide (beurre de cacahuètes)soit environ 250 grammes.
- 1 piment (facultatif)

Dans une grand faitout, faites chauffez 3 cuillères à soupe d'huile d'arachide (n'importe quelle huile neutre fera l'affaire, évitez seulement l'olive) et faites revenir les oignons finement émincés ainsi que la viande. Salez, poivrez et couvrez d'environ 2 litres d'eau. Portez à ébullition et ajoutez les tomates en boite, les carottes pelées et coupées en rondelles, le concentré de tomate et les bouillons cube.
Laissez mijoter 1/4 d'heure.
Prélevez une louche de bouillon afin d'y dissoudre la pâte d'arachide. Ceci est une étape indispensable à la préparation du plat. Si vous vous aventuriez à vous en passer, vous verriez alors de petits blocs de pâte flotter à la surface de votre plat (un peu comme des grumeaux de farine dans une pâte à crêpe) et votre tiga dégué na serait officiellement raté.
Bien incorporer la pâte d’arachide ainsi assouplie au reste de la préparation. Ajoutez les morceaux de choux, aubergines et patate douce pelés.
Ajustez l'assaisonnement en sel et en poivre. Si vous souhaitez un plat relevé, c'est le moment pour le piment d'entrer en scène, comme ça, en un seul morceau.
Laissez cuire à feu doux doux pendant 45 minutes environ. Votre plat sera prêt quand le jus aura réduit au point de se transformer en une sauce parfaitement liée et que l'huile de la pâte d'arachide sera remontée à la surface. Qu'on se le dise, le tiga dégué na n'est pas un plat diététique.
Servir avec du riz.

Et pour vraiment vous la jouer à la senkoise, à l'issue de votre festin, vous servirez du dah rouge en guise de digestif. Oui oui vous avez bien lu, du dah rouge. Qu'est ce que c'est encore que ce truc? Des fleurs d'hibiscus sabdariffa infusées dans de l'eau chaude avec un peu de sucre et quelques feuilles de menthe. Cette boisson est plus connue sous le nom de karkadé en Egypte ou de bissap au Sénégal. Pour sa préparation, je vous envoie directement vers l'excellent blog de B'wak. Profitez-en pour vous promener dans son univers et découvrir ses superbes foodanimés.

Si vous ne vous sentez pas de préparer ce plat mais que votre curiosité est quand même piquée au vif, il ne vous reste plus qu'à vous offrir un ticket de métro et descendre à la station Château rouge. Laissez vous ensuite guidez par vos pas, vos yeux et vos narines direction la rue poulet, la rue dejean, la rue des poissonniers... et poussez la porte d'un des petits resto africains... bon voyage!
 
Avec tout ça, j'espère que vous vous régalerez... à défaut vous aurez appris à me connaitre un peu mieux.


2 commentaires:

  1. Pour avoir été au Mali ton texte me touche beaucoup...
    Sinon, je ne connaissais pas le bissap sous le non de dah rouge. Ni le mafé sous le nom de Tiga Dégué Na, alors je suis assez contente d'avoir appris des nouveaux mots :)))
    J'ai une de ces envies de Mafé maintenant!! weeeee

    (merci pour le clin d’œil)

    des bises

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  2. Ah le mafé, une fois qu'on y a gouté, on ne s'en passe plus: un vrai kif.
    Bon mafé alors!

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